À l’école Clair-Vivre d’Evere (Bruxelles), les élèves de 6e année d’Émilie Lorand ont préparé une série de questions à poser à Philippe Hensmans, directeur d’Amnesty International Belgique francophone. Voici un extrait de la rencontre, en texte, photos et vidéo !

Que signifie le mot Amnesty ?

Suivant la langue dans laquelle le mot est traduit, il peut signifier des choses différentes. En anglais, amnesty veut dire qu’on libère quelqu’un qui a été prisonnier. Et Amnesty est né avec l’idée de faire libérer des personnes qui étaient emprisonnées parce qu’elles pensaient différemment, et qui n’avaient pas commis de violences ou appelé à la violence.

Avez-vous joué un rôle dans la libération d’Olivier Vandecasteele ?

Lui dit que oui, en tout cas. On a agi, mais c’était relativement facile pour nous. Dans la plupart des campagnes, on doit d’abord sensibiliser les gens. C’est parfois difficile, parce que ça concerne des cas très lointains. Il y a 50 000 prisonniers en Iran pour le moment, parce qu’ils ont exprimé leur point de vue, ont manifesté et se sont fait arrêter. Mais la plupart des gens ici ne les connaissent pas et n’ont pas spécialement envie d’agir.

Pour Olivier, on avait des dizaines de milliers de personnes qui avaient envie de faire quelque chose. Donc, nous, notre principal travail, ça a été de fournir le matériel pour leurs actions. Et on a fait un travail de plaidoyer auprès des Iraniens qui le détenaient, auprès du gouvernement belge… pour mettre la pression en permanence.

Qu’est-ce qui vous passionne dans votre travail ?

À peu près tout. Mais plus précisément, c’est le fait que je rencontre les gens pour qui on travaille.

J’ai rencontré Olivier Vandecasteele. Évidemment que c’est émouvant de rencontrer quelqu’un pour qui on s’est battus pendant des mois.

Je viens de recevoir des informations de Mouna Murhabazi, qui travaille avec les enfants-soldats à Bukavu (RDCongo, Afrique). Chaque année, 600 enfants passent par son association, des enfants qui ont été enlevés à l’âge de 7-8 ans et qui ont appris des choses horribles et sont devenus soldats. Dans son association BVES, il les reprend aux groupes armés et essaie de les réinsérer dans la société. C’est un travail inimaginable qu’on soutient à distance depuis 15 ans. Quand vous connaissez des gens comme ça, vous ne voulez pas quitter votre job.

Y a-t-il beaucoup de pays qui ne respectent pas la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ?

Aucun pays ne respecte complètement la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Dans tous les pays, il y a des problèmes.

L’article 1 dit que tous les êtres humains ont le droit de vivre égaux et dans la dignité. En Belgique, les humains ne se trouvent pas dans une situation d’égalité et de dignité. Il y a des gens qui vivent dans la rue, des gens sans papiers… même en Belgique, il y a des soucis.

Ne parlons pas de la Chine, où il y a des camps de concentration où on enferme des milliers de personnes parce qu’elles ont une religion différente.

Mais la Déclaration Universelle des droits de l’homme, c’est un objectif à atteindre, qui va toujours demander des efforts de la part de chaque pays.

Y a-t-il des pays qui refusent de reconnaître les actions d’Amnesty International ? Que faites-vous ?

La liste est longue. On est allés à l’ambassade d’Égypte pour leur remettre une pétition avec 30 000 signatures pour une personne détenue, mais ils ont refusé de nous recevoir.

L’Iran refuse aussi. On a donc envoyé des pétitions aux représentants iraniens par la poste, et ils nous les ont renvoyées. Alors, on leur a envoyé, jour après jour, une ou deux lettres avec les pétitions dedans…

Il y a un tas de pays qui refusent de nous voir. Et il y a des pays où nos chercheurs ne peuvent pas entrer.

De quels moyens dispose Amnesty International pour lutter contre le travail des enfants dans le monde ?

C’est quelque chose qui fait partie de nos préoccupations mais on essaie de travailler avec d’autres organisations dont c’est l’objectif principal. Dans certains cas, on les laisse agir. Sinon, ça fait partie des recommandations que nous faisons quand il y a des élections, par exemple.