«Quand on parle de divorce et de séparation, on met souvent en avant ce qui ne va pas bien, explique Laura Merla de l’UCLouvain qui a mené une vaste enquête auprès de 1 500 jeunes âgés de 12 à 18 ans. Or, les jeunes interrogés nous ont dit qu’ils étaient satisfaits de leur situation familiale.»

L’étude montre que, selon les jeunes interrogés, les familles séparées commencent à avoir des repères. «Les séparations sont perçues comme quelque chose de plus banal. Ceci dit, il ne faut pas minimiser toute la difficulté au moment de la séparation. Ce n’est pas facile. Mais globalement, les jeunes confrontés à la séparation de leurs parents ne sentent pas qu’ils vivent quelque chose de très étrange par rapport aux autres jeunes.»

Les parents n’imposent plus leur vision

Après une séparation, toute l’organisation de la famille est à repenser. «Chaque famille a ses routines: la manière d’organiser le petit-déjeuner, les activités du week-end…Tout cela est à réinventer après la séparation. Aujourd’hui, on n’est plus dans un mode de fonctionnement dans lequel les parents imposent leur vision aux enfants. La famille est plus démocratique et relationnelle. Le droit dit aussi que les enfants doivent pouvoir être entendus. Il y a davantage de négociation. Des jeunes peuvent parfois imposer des choses à leurs parents, en disant qu’ils n’imaginent pas se passer d’une activité, par exemple, les semaines où ils sont chez le parent qui s’est installé plus loin.»

Notons que, parmi les jeunes interrogés qui vivent un hébergement alterné, un jeune sur deux dit avoir été consulté (il a pu donner un avis, ce qui ne veut pas dire que celui-ci a été suivi).

La loi ne répond pas à tout

La loi a évolué mais elle ne dit pas comment appeler, dans une famille recomposée, les enfants qui vivent sous le même toit mais n’ont pas de liens biologiques. Parle-t-on de demi-frère, de «fausse» sœur, de frère ou de sœur…? «Les enfants sont assez inventifs alors que les arbres généalogiques (qui dessinent les liens de parenté) deviennent plus complexes (composés de beaucoup d’éléments)» constate Laura Merla.

Et le conflit ?

La séparation ne règle pas tout. Sept jeunes sur dix expliquent que leurs parents ont encore des conflits.

«Selon les jeunes, les tensions diminuent après le divorce. Mais il reste des conflits. Sept jeunes sur dix, qui sont dans un mode d’hébergement alterné (tantôt chez maman, tantôt chez papa), disent que leurs parents se disputent moyennement, voire beaucoup.»

Réseaux sociaux

Les réseaux sociaux permettent aux jeunes d’entretenir la relation avec leurs parents, en particulier dans les familles séparées où les enfants voient un, voire leurs deux parents par intermittence (pas tout le temps). Les enfants utilisent Facebook (68%), WhatsApp/Skype/FaceTime (63%) et Snapchat (53%).

«Les jeunes sont conscients de ce qui se passe dans leur vie de famille. Mais ce n’est pas pour cela qu’ils en souffrent. Certains oui, d’autres pas ou moins et cela évolue aussi au fil du temps. Mais le fait qu’ils sont conscients donne aussi de l’importance à leur avis.», souligne Laura Merla.

Les jeunes ont également été interrogés sur leurs impressions à propos des difficultés financières vécues par leurs parents. Celles-ci sont plus présentes par exemple chez les mères célibataires hébergeant leur enfant à titre exclusif.

Les jeunes se sont aussi exprimés à propos du confort matériel qu’ils ressentent quand ils sont chez l’un ou l’autre parent, sur leur sentiment «d’être chez soi». C’est la première fois qu’une étude fait ainsi de la place au ressenti des jeunes. Intéressant!

Vous avez envie de partager votre propre expérience de la vie en hébergement alterné? Ça tombe bien! L’équipe MobileKids voudrait rencontrer des enfants ou des ados de 10 à 16 ans, qui vivent depuis au moins un an à moitié chez papa et à moitié chez maman (ou à peu près). Si vous avez envie de participer ou si vous voulez juste plus d’infos, n’hésitez pas à contacter Coralie Theys par mail (coralie.theys@uclouvain.be) ou par téléphone au 0485/55 84 79.

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