Barbara Decroly travaille à l’hôpital des Enfants Reine Fabiola, dans un service appelé la Clinique du Poids Junior où l’on prend en charge des enfants en obésité ou en surpoids, de moins de 18 ans. 

Que vous expliquent ces enfants ?
Barbara Decroly : « Ils m’expliquent qu’ils se sentent moins bien que les autres, jugés négativement en tant que personnes à cause de leur poids. Ils sont parfois insultés ou critiqués par les autres enfants. Cela finit par toucher à l’estime et à la confiance en soi. Certains en viennent à s’exclure parce qu’ils ont intégré l’idée qu’ils avaient moins de valeur à cause de leur poids. »


Quand ils viennent vous voir, quelle est leur demande ? 
« Ils veulent perdre du poids, se sentir mieux dans leur corps, ne plus subir de moquerie, pouvoir choisir les habits qui leur plaisent, pouvoir faire des activités sportives ou jouer sans être essoufflés. L’obésité est une maladie. Il faut faire la différence entre d’une part, des enfants en surpoids ou en obésité qui nécessitent une prise en charge pour les aider à équilibrer leur alimentation et éventuellement diminuer leur sédentarité. Et d’autre part, les enfants qui ont un poids de santé (ne mettant pas leur santé en danger) mais qui se sentent mal dans leur corps, pas assez minces et pour lesquels une prise en charge psychologique (afin de s’accepter) peut s’avérer nécessaire.  Mais dans les deux cas, c’est inacceptable d’être harcelé. »


Un enfant peut-il perdre plus facilement du poids qu’un adulte ?
« Ce n’est pas plus facile pour un enfant que pour un adulte. La différence, c’est que certaines habitudes sont moins installées chez l’enfant. En revanche, quand on est un enfant, on dépend de ce que les parents proposent. Donc nous faisons aussi un travail sur l’alimentation avec les parents. »


Des enfants que vous recevez en consultation, vous parlent-ils de rejet, de grossophobie ?
« Certains oui. Tous les enfants ne sont pas harcelés à l’école. Certains sont aussi jugés dans leur propre famille. D’autres non. Dans la société, il y a des préjugés. L’idée existe parfois que si une personne est grosse, c’est parce qu’elle n’est pas courageuse, qu’elle est fainéante, paresseuse, n’a pas de volonté, est faible, est dite parfois bête, pas désirable… C’est absolument faux et je pense que ce serait bien d’en parler à l’école. »

Considérer qu’en maigrissant, une personne devient meilleure, plus belle, plus attirante, en meilleure santé (ou n’importe quelle qualité attribuée à la minceur et pas la grosseur) est un comportement grossophobe. Adobestock

En parler à l’école?

En juin 2020, Yapaka, un programme mis en place par la Fédération Wallonie Bruxelles, a réalisé cette vidéo dans l’école communale de Vaudignies (Hainaut). Si tu veux réagir, envoie un message à redaction@lejede.be ou sur www.yapaka.be/contact

Chahyne, 9 ans : La différence, c’est quand quelqu’un n’est pas pareil qu’un autre, par exemple la tête, les cheveux, les yeux, les vêtements ou la taille. Dans notre classe, il y a des plus grands et des plus petits, des forts et des moins forts, différents caractères. La peau de mon copain est noire, et la mienne est belge … euh, beige (rires). C’est chouette d’être différents, car on peut être soi-même. Le problème, c’est quand quelqu’un dit : « T’es moche », et l’autre répond : « Non, c’est toi qui es moche ». Après, ça fait des bagarres. Moi, j’aurais envie de leur dire d’arrêter, parce qu’on ne peut pas se moquer, ni s’insulter. Chez nous, en récréation, les disputes n’arrivent pas souvent à cause des différences.