Les quatre Lulus partagent la même chambre à l’orphelinat de Valencourt, un petit village de Picardie. Alors qu’ils se sont échappés pour aller construire une cabane dans la forêt, des coups de canon retentissent : c’est l’armée allemande qui se rapproche ! Quand les enfants rentrent à l’orphelinat, ils découvrent une abbaye déserte : le village entier a été évacué… Comment ces garçons vont-ils faire pour survivre seuls ?


« Ce qui a plu à Yann Samuell, le réalisateur du film, explique le scénariste de la BD, Régis Hautière. C’est que cette bande d’enfants se construit une famille alors que le monde autour d’eux, en 1914, est en train de se détruire. Je ne suis pas intervenu dans la réalisation du film. Mais je suis très satisfait du film qui s’est inspiré des trois premiers tomes (la série en compte onze), tout en imaginant l’histoire plutôt comme un conte. La BD et le film sont donc différents et l’on peut même aimer l’un sans aimer l’autre et inversement. En revanche, les romans qui sortent actuellement sur la Guerre des Lulus sont plus fidèles à la BD, chaque tome reprend un album.»

La Guerre des Lulus, 1914, la maison des enfants trouvés, Régis Hautière et Hardoc, éd. Casterman.

Est-ce plausible (croyable) qu’il y ait eu des enfants comme ceux de la Guerre des Lulus lors de la Première Guerre mondiale ?

Régis Hautière : Oui, c’est plausible car la guerre a fait 800 000 orphelins. La série est une fiction complète mais je me suis basé sur des journaux intimes réels. On sait qu’il y a eu des enfants qui, ayant perdu leurs parents, ont été livrés à eux-mêmes. Dans le prochain tome de la BD, centré sur Lucas, on ira aux Pays-Bas, dans un centre d’accueil pour enfants réfugiés. Cela a existé. Tout ce que la série explique sur la guerre est exact. On parle, par exemple, des brassards rouges, car Luigi et Lucien, les deux plus grands Lulus doivent éviter d’être enrôlés dans ces bataillons de travaux forcés. On parle aussi des provisoires, ces baraquements construits juste après la guerre pour héberger des gens. Près de chez moi, à Amiens, il restait encore des provisoires il y a 15 ans ! En Picardie, il y en a eu beaucoup parce qu’il y a eu des villages entiers qui ont été rasés.


Dans la réalité, qu’auraient risqué des enfants s’ils avaient agi comme les Lulus?

Régis Hautière : Oh, ils auraient risqué beaucoup ! Dans la série, on voit qu’au début, ils n’ont même pas conscience de ce qu’est la guerre. Leur seul objectif est de survivre. Ils vont vivre au jour le jour et faire face à ce qui se présente. Je les ai pensés orphelins car je ne voulais pas que leur objectif soit de retrouver leurs parents. Je voulais qu’ils soient livrés à eux-mêmes. Et donc qu’ils doivent sans cesse identifier ce qui est bien ou mal dans ce qui se présente. Ils se construisent intégralement au travers de la guerre.
Hardoc (dessinateur) : Les dessins de cette série sont assez ronds. La guerre est déjà dure en elle-même. Toutefois, on voit quand même que les visages des enfants deviennent plus creusés, les teintes sont plus sombres. Je voulais faire des dessins semi-réalistes qui conviennent à des enfants et plaisent aussi aux adultes.
Les Lulus traversent la Première Guerre mondiale derrière les lignes de front, en zone occupée…
Régis Hautière : La résistance était très dure, les actes de sabotage aussi, car les Allemands avaient désigné des otages dans chaque ville ou village. Donc, faire un acte de sabotage, c’était mettre la vie d’autres personnes en danger.

En pareille circonstance, comme enfant, on aurait peut-être juste envie de se mettre à l’abri, non ?

Régis Hautière : Au début, les Lulus sont comme ça. Ils ont une vision des Allemands très négative. Et quand ils rencontrent Hans, leur premier Allemand, ils se demandent s’ils doivent le tuer ou pas. Ce n’est pas évident pour eux.
Hardoc (dessinateur) : Mais derrière l’uniforme, il y a un homme. Et ils ont besoin de Hans, un adulte, pour soigner un autre enfant.
Régis Hautière : La série est née parce qu’en venant habiter en Picardie, j’ai vu que la région était encore très marquée par la guerre de 14-18. Il y avait encore même des traces de bombardements, des cratères dans les forêts. Et puis, il y a toute la ligne de front qui a façonné le paysage. J’ai créé aussi la série pour faire plaisir à mes enfants qui avaient 10-12 ans. Ma fille jusqu’alors ne s’intéressait à mon travail car je faisais des BD pour les adultes. Et mon fils était convaincu qu’une BD avec des enfants était un gage de succès.

Dans les coulisses du tournage de la Guerre des Lulus

Pour entendre les jeunes acteurs parler de leur tournage, de leur ressenti durant la préparation de ce film: