Bruno Chevrier, dit Nob est le créateur de la série BD Dad. Pourquoi le nom « Nob » ? Ses copains l’appelaient Nobru (Bruno à l’envers) et c’est resté Nob.

Cette série à succès (plus de 500 000 exemplaires vendus!) a démarré il y a 9 ans. Au départ, ce sont les caractères de ses enfants qui ont inspiré des réactions des filles de Dad.

« A présent, c’est moins marqué qu’au début de la série. Je ne voulais pas projeter ma vraie vie familiale dedans, faire ce qu’on appelle une série autobiographique, car la vraie vie avance plus vite que la vie dessinée. Au fil des albums, les personnages se sont précisés et ils ont leur vie propre. Les personnages de papier sont inspirés au début de notre entourage puis ils s’en éloignent. Mes enfants ont 16 et 19 ans et ils se sentent aujourd’hui plus lecteurs qu’inspirateurs de la série. »

Au départ, Nob s’était promis de ne pas faire vieillir les filles

« En effet, je n’avais pas envie de les faire trop grandir. Les 9 albums se déroulent sur une année. Et c’est seulement vers le tome 6 qu’il y a eu une évolution dans les personnages, cela s’est beaucoup senti chez Bébérénice. Comme c’est la plus petite, c’est chez elle que l’évolution se voit le plus. Et puis dans les trois derniers albums, elle a appris à marcher et maintenant, dans ce tome 9, elle fait caca toute seule, c’est un moment très important pour un enfant. »

Dad, c’est le bon exemple ?

Dans le hors série de Dad (« Le manuel du Dad presque parfait »), on peut lire ceci :  Le bon exemple tu montreras, beaucoup de patience tu auras, la vérité toujours tu diras, de faire des erreurs tu accepteras… ». C’est tout ça, Dad ?

« J’aime bien montrer qu’en tant que parents, nous sommes faillibles. On doit montrer qu’on sait les choses alors qu’on sait que ce n’est pas totalement vrai. En tant que parent, j’ai l’impression qu’on a un logiciel de retard. Nous apprenons au fur et à mesure mais le temps qu’on intègre les nouvelles données des enfants, ceux-ci ont déjà fait la mise à jour ! J’aime bien mettre ça en avant. Dire à ses enfants que l’on ne sait pas, quand c’est le cas, c’est bien. Par ailleurs, pour le reste, on doit être là pour eux et être solides quand ils ont besoin de nous. Je crois que c’est pour cela que les enfants aiment la série car ils voient que Dad « fait genre » mais qu’il fait juste ce qu’il peut. Ils aiment aussi la BD pour le quotidien des filles. »

Dad, Papa pop, Nob, Dupuis.

Pour ce 9e album, Nob s’est lancé un défi : « Faire un album de Dad sans les filles. On me dit souvent que les vraies héroïnes, ce sont elles. Donc je prenais un risque. C’était l’angoisse de mon éditeur qui disait que je n’allais pas tenir 5 pages sans les filles ! Bon elles interviennent quand même mais c’est surtout centré sur Dad. » (rires)

La série animée, elle, est centrée sur les filles !

« Je ne l’ai pas calculé ! La série animée, ce n’est pas moi qui l’ai adaptée. Il y a une dizaine de scénaristes, un réalisateur, un directeur d’écriture. Ce sont 52 épisodes de 10 minutes. J’ai juste écrit la bible littéraire il y a quatre ans (hé oui, une série animée, ça prend du temps). C’est le document qui décrit en 30 pages tous les caractères des personnages, leurs interactions (liens) possibles ou pas. Chaque scénariste doit s’y référer. La série animée se concentre sur les premiers albums de Dad. Donc, je pense qu’il n’y a pas de risque que l’on confonde les albums et la série animée. Ce qui est intéressant dans la BD, c’est qu’un même gag est lu par des enfants du point de vue des filles et par les parents, du point de vue de Dad. En audiovisuel, avec le mouvement, le rythme et le son, il y a beaucoup moins de place à l’interprétation. Dans la série, les filles sont beaucoup plus rentre-dedans, c’est du cartoon, ça va très vite.  Dans la BD, je peux jouer plus dans les nuances.  


On dit qu’en BD, on doit commencer sur une planche par mettre le décor en exposition et puis il faut ne plus s’encombrer de cela sur les cases suivantes et se centrer sur l’action. Dans Dad, les lecteurs habitués à la série visualisent bien l’appartement. Je mets toujours des éléments de décor qui permettent de se repérer dans l’espace. Cela rend la série dynamique. Comme les personnages bougent dans l’appartement, je glisse tel cadre, la bibliothèque, les couleurs des chambres…