La question psy du 29 septembre 2013 -

La profusion de biens, est-ce vraiment l’essentiel ?

La profusion de biens, est-ce vraiment l’essentiel ?

Après un séjour dans le désert marocain, Sophie ne voit plus la vie de la même manière.

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La surabondance de biens et la société de consommation ne nous font-ils pas passer à côté de l’essentiel? Sophie se pose la question après un voyage bouleversant au Maroc, où elle a vécu dans le dénuement.

«Je me sens bouleversée suite à un récent voyage au Maroc. J’y ai vécu une semaine dans un dénuement complet et je reviens à la civilisation dégoûtée de la profusion de tout. Je me demande maintenant où est l’essentiel. Suis-je en train de passer à côté?»Sophie, 47 ans

La réponse de Vanessa Greindl, psychanalyste

Vous parlez également de votre changement professionnel, du passage d’un job bien rémunéré comme salariée à un autre où vous faites ce que vous aimez pour moins d’argent Et aussi de «la maison de famille» reprise et aménagée à votre goût, havre de paix dans lequel vous vous retrouvez avec plaisir.

Laisser tomber un engagement professionnel pour réaliser ce que vous aimiez était peut-être déjà une façon de rejoindre une part d’essentiel pour vous. Au Maroc, vous semblez découvrir une «plénitude rare» au milieu de tant de manques. Dans le désert, pas de lit, pas d’eau, pas non plus d’horaire bien ficelé, ni d’heures pleines… qui peut-être ici vous vident.

Rempli, l’esprit ne pense plus

Dans notre société, l’espace est plein d’objets à consommer et le temps est rempli d’actions à mener et de travail à effectuer. Cela peut avoir un côté confortable pour l’esprit  : rempli, il ne pense plus et s’offre peu le luxe de réflexions sur le sens de la vie. Voilà qui n’a rien à voir avec l’état de «plénitude» que vous nous partagez ici. Une prise de conscience diffuse semble vous avoir bousculée dans ce que vous appelez votre «ronron confortable».

Le bien-être ressenti au désert ne s’acquiert pas avec la profusion, mais plutôt avec un état d’esprit que le manque aurait rendu possible. L’absence et le vide n’ont rien de «confortable» mais offrent autre chose. Sans doute souffrez-vous, au pays du plein, de ce «confort» qui néanmoins empêche de penser. Le vide permet de mettre pied à terre pour consulter la carte, de prendre un temps pour examiner la boussole, de se poser la question «où est le Nord?». Ce vide, pour vous, est vraisemblablement nécessaire pour vous orienter vers l’essentiel.

Vous éprouvez peut-être le même malaise que Sophie  : un sentiment de surabondance et de profusion qui masquent la simplicité de la vie et peut-être même le bonheur. Si vous avez un avis sur la question ou que, vous-même, vous avez réussi à vivre autrement pour vous rapprocher de l’essentiel, laissez-nous votre témoignage sur le forum. Ou par courriel sur questionpsy@lavenir.net. Votre réaction sera peut-être publiée dans le supplément Deuzio de L’Avenir du samedi 5 octobre.

Retrouvez également les questions à Vanessa Greindl dans le mensuel «Psychologies Magazine» ou sur