Erdogan use de la force

Erdogan a assuré qu’il ne ferait plus preuve « d’aucune tolérance » envers les protestataires.

AFP

Les policiers ont évacué mardi soir avec des tirs de gaz lacrymogènes la place Taksim à Istanbul où étaient massés des milliers de manifestants.

Ils résistaient encore hier soir place Taksim, malgré les assauts de la police anti-émeute. Le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a choisi d’user de la force mardi contre les manifestants qui exigent sa démission en faisant évacuer manu militari à deux reprises la place Taksim d’Istanbul, à la veille de sa rencontre avec des représentants de la contestation.

Fermement décidé à mettre un terme à la fronde sans précédent qui agite depuis douze jours son pays, Erdogan a assuré que son gouvernement ne ferait plus preuve «d’aucune tolérance» envers les protestataires. «Je m’adresse à ceux qui veulent poursuivre ces événements, qui veulent continuer à semer la terreur : cette affaire est maintenant terminée. Nous ne ferons plus preuve de tolérance», a-t-il déclaré devant les députés de son Parti de la justice et du développement (AKP, issu de la mouvance islamiste).

Dans la matinée, peu après 07h30 locales, les forces de l’ordre avaient repris facilement le contrôle de la place Taksim, le bastion de la fronde, en repoussant les quelques centaines de protestataires qui y avaient passé la nuit par des tirs de grenades lacrymogènes ou des billes de plastique et en utilisant des canons à eau.

Nombreux blessés, des dizaines d’arrestations

Tout au long de la journée, des échauffourées ont opposé la police et des groupes de jeunes manifestants casqués, armés de pierres et de cocktails Molotov.

En fin de journée, la police s’est finalement repliée devant un des bâtiments qui bordent la place, cédant à nouveau la place à des milliers de manifestants. Mais une heure plus tard, elle a pour la seconde fois tenter de balayer la foule, provoquant la panique et faisant de nombreux blessés parmi les contestataires.

À la tombée de la nuit, après une journée de violents affrontements, plusieurs milliers de jeunes très déterminés tenaient toujours tête aux forces de sécurité, dans l’odeur âcre des gaz lacrymogènes, des feux de camp et des pneus incendiés.

Le syndicat des médecins turcs a annoncé la mort d’une quatrième personne, grièvement blessée il y a quelques jours à Ankara.

La police a par ailleurs procédé mardi à des dizaines d’arrestations, dont 73 avocats qui dénonçaient, dans l’enceinte du palais de justice d’Istanbul, l’intervention de la police, selon l’Association des avocats contemporains.

La reprise, symbolique, de la place Taksim intervient au lendemain de l’annonce d’une rencontre, prévue ce mercredi, entre Erdogan et des représentants de la contestation, qu’il n’a eu de cesse de présenter comme des «pillards» ou des «extrémistes».

L’ONG Greenpeace, invitée à ce rendez-vous, a déjà fait savoir qu’elle ne s’y rendrait pas. «D’abord, la violence doit cesser», a-t-elle demandé.