CINEMA

Kaddour Merad n'a plus honte de ses origines

Dans « L'Italien », qui sort mercredi, Kad Merad est un Beur qui se fait passer pour italien afin de faciliter sa réussite sociale. Une comédie douce-amère qui parle forcément à cet Algérien d'origine.

Jusqu'alors, le duo avait plutôt donné dans le burlesque. Loin d'un quelconque message politique, Qui a tué Pamela Rose ?, Ce soir je dors chez toi et Safari ne laissaient pas imaginer que leur 4e collaboration toucherait un sujet aussi sensible que l'immigration. Mais nul ne connaissait Kad Mérad aussi bien qu'Olivier Baroux : « Quand j'ai commencé à bosser à la radio avec lui, je ne savais pas qu'il était d'origine algérienne. Ce n'est que plusieurs mois après, quand il m'a présenté sa famille, que j'ai réalisé . Pour moi, c'était Kad, point barre. »

Il voulait se faire appeler François

En fait, c'était Kaddour. Fils d'un père algérien et d'une mère française. Né à Sidi Bel Abbes voici 46 ans. Et qui, par « facilité », avait laissé tomber la dernière syllabe de son prénom : « C'est un petit arrangement avec la réalité qui m'a servi, car je n'ai pas le physique maghrébin. Je ne parle pas même pas arabe. À une époque, j'ai raté un premier rôle au théâtre à cause de mon véritable prénom. Je devais jouer Alceste dans "Le Misanthrope", mais quand les producteurs l'ont entendu, ils ont renoncé à m'engager. J'ai donc supprimé quatre petites lettres. » Mais pas changé de prénom pour autant : « À une époque, j'ai failli me faire appeler... François. Mais je ne voulais pas reproduire le même schéma de mon père qui s'est fait appeler Rémi pendant toute sa vie. En tous cas, à partir du moment où il est arrivé en France, à l'âge de 16 ans. » Alors, forcément, le rôle d'un Français d'origine maghrébine qui se fait passer pour italien afin d'accélérer l'ascenseur social, ça ne pouvait que lui parler : « C'est aussi un film où on rit, où l'on aime. Mais c'est vrai, nous avons mis nos convictions sur la table. Parce que c'est un sujet important, plus actuel que jamais. Les rares fois où j'ai osé demander à mon père pourquoi il avait changé de prénom en France, il me répondait par un : "À cette époque (NDLR : les années 50), ce n'était pas aussi facile". Je comprends ce qu'il veut dire. Sauf qu'au jourd'hui, ce n'est pas toujours facile non plus. Hormis pour le rôle d'Alceste, je n'ai jamais vraiment subi de discrimination. Mais je suis entouré de gens qui ont eu moins de chance que moi . »

« Mais au fait, c'est quoi un bon Français ? »

Dans un registre plus sérieux dans le film, Kad adopte aussi un ton plus grave à l'interview. Et quand on le lance sur le sujet, sa réponse fuse : « Le débat sur l'identité nationale était une absurdité. C'est quoi, un bon Français ? Rien que la question, je ne la comprends pas. En quoi le fait d'avoir un prénom d'origine étrangère et de respecter la culture de ses parents feraient de nous, immigrés, de mauvais Français ? » Et s'il n'est jamais retourné en Algérie depuis l'époque où, petit garçon, il « embarquait dans l'Ami 8 avec ses parents, ses frères et ses soeurs, traversait la France et l'Espagne et prenait le bâteau direction le bled », il a appelé son fils d'aujourd'hui cinq ans Khalil : « Et je vous jure que je n'ai jamais pensé à l'origine de son prénom. Ma mère a donné des prénoms arabes à ses enfants par conviction, pour leur rappeler d'où ils viennent. Moi et ma femme, on a choisi Khalil parce qu'on trouvait ça beau, tout simplement. Il aurait aussi pu s'appeler Marius : on aimait bien aussi, et on vit à Marseille ! »