« Les dérapages sont dus à une sexualité déconnectée »

Gabriel Ringlet voudrait que l'Église revisite son discours sur la sexualité des prêtres.

Gabriel Ringlet, vous êtes pro-recteur émérite de l'UCL mais aussi un prêtre progressiste. La transparence dont parle l'Église à propos de la pédophilie, est-ce suffisant ?Non ! L'Église doit réexaminer son discours sur la sexualité. Sinon, ça va la rattraper et elle s'y perdra plus encore. Aujourd'hui, c'est soit l'enfer, soit le paradis. L'Église juge qu'il y a trop de relativité, qu'il faut des règles, et en même temps on ne tient pas des paroles à hauteur d'homme et il y a un trop plein d'absolu. Or, aucun de ces discours ne correspond à la réalité. Il faut en changer si on veut rencontrer le problème de la pédophilie chez les prêtres et si on veut éviter que les plus faibles ne se perdent, terrorisés qu'ils sont par un discours démoniaque.Une sexualité brimée chez les prêtres, c'est ça qui mène aux dérapages ?J'ai consulté beaucoup de spécialistes. Tous me disent qu'il y a deux types de pédophiles : les tyrans, violents, qui veulent avoir de l'emprise sur l'enfant parce qu'ils ont eux-mêmes subi des blessures étant jeunes, et puis ceux qui sont gentils, plus doux, dont la déviance vient de l'immaturité sexuelle. La grande majorité des prêtres font partie de cette catégorie. Ils cherchent leur propre enfance chez l'enfant. Et puis ça dérape parce qu'ils ont une sexualité déconnectée. Personne dans les séminaires ne leur permet de travailler là-dessus. Dans les années 70, je me souviens qu'on ne nous a rien caché, par contre. Sur ce point, l'Église a beaucoup fait marche arrière.Concrètement, ça veut dire qu'il serait bon d'autoriser le mariage des prêtres ?Ça ne réglerait pas tout. On connaît des gens mariés qui sont pédophiles. Mais, oui, j'ai toujours été partisan du libre choix du prêtre en la matière.

Mais dans le débat sur la pédophilie, il y a plus fondamental : il faut surtout cesser d'avoir ce rapport infantile à l'autorité, que les prêtres soient adultes et aient un style de vie plus viril. Il faut également que les prêtres aient un environnement relationnel réel. Ils sont trop isolés. Enfin, arrêtons d'avoir peur des femmes. L'Église a un déficit terrible sur ce coup-là. Elle doit faire une place à la femme, y compris jusque dans son clergé qui doit devenir mixte.M. Dum.