Kinshasa : deux morts et un Belge blessé

Le ton a monté à proximité de la résidence de J.-P. Bemba. (photo Reuters)

Kinshasa s'est retrouvée jeudi une nouvelle fois plongée dans la spirale de la violence. Des échanges de tirs ont opposé l'armée régulière et la garde de l'ancien vice-président Bemba. Un Belge a été blessé par une explosion.

Les tirs ont fait au moins deux victimes. Un ressortissant belge a par ailleurs été légèrement blessé par des éclats de verre à la suite d'une explosion, a indiqué le ministère belge des Affaires étrangères. Cette personne, dont l'identité n'a pas été révélée, se trouvait dans l'immeuble d'une banque, sur le Boulevard du 30 juin, à quelques centaines de mètres de la résidence officielle de l'ancien vice-président Jean-Pierre Bemba, où se concentrent la plupart des tirs. Le blessé devait être évacué par un blindé de la Mission des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC).

Parallèlement aux affrontements, des pillages ont eu lieu dans l'hôtel Memling. Le bureau de Brussels Airlines a aussi été l'objet d'une attaque. "Cela indique que des intérêts belges ont été visés", a souligné le ministre des Affaires étrangères Karel De Gucht. Une Française a été blessée dans l'hôtel Memling, "le symbole de la présence belge à Kinshasa".

Les premiers tirs de Kalachnikov ont retenti peu avant 12h30 dans un quartier résidentiel de la commune de la Gombe (nord) situé entre les deux maisons de l'ex-rebelle Bemba, adversaire malheureux de Joseph Kabila à la présidentielle du 29 octobre 2006. En août et novembre, des affrontements entre Forces armées de République démocratique du Congo, policiers et gardes de M. Bemba avaient fait une trentaine de morts à Gombe. De nombreux gardes armés de M. Bemba étaient déployés dans le secteur, bandeau rouge sur le front et parfois armés de lances et parés d'amulettes, en plus de leurs fusils d'assaut. Ces tirs ont été rapidement suivis de fortes détonations et de salves de mitrailleuses. Les tirs n'ont pas cessé pendant une heure environ.

Provocations des gardes armés attachés à Bemba

La population a déserté le quartier, les écoles et ministères ont fermé sur ordre du gouvernement et les ambassades ont diffusé des consignes de sécurité, enjoignant leurs ressortissants à rester calfeutrés chez eux. "Il y a eu beaucoup de tirs, de Kalachnikov puis de lance-roquettes anti-char RPG-7. Difficile de dire s'il y a eu de l'armement lourd engagé pour le moment", a déclaré une source sécuritaire occidentale. "Les gens de Bemba ont multiplié les provocations depuis ce matin. Ils sont sortis de leur périmètre devant les résidences, ont chanté et dansé avec leurs bandeaux rouges sur la tête en signe de guerre". Vers 13H30, des journalistes ont finalement vu des chars de la Garde républicaine commencer à se déployer dans les rues de la Gombe. Les choses sont alors rentrées peu à peu dans l'ordre.

La tension était très forte depuis plusieurs jours dans ce quartier, en dépit d'un important dispositif de blindés de l'ONU. M. Bemba refuse de voir les militaires affectés à sa sécurité à l'époque où il était vice-président regagner l'armée régulière, jugeant totalement insuffisant les douze policiers qui lui ont été affectés par décret. Le chef d'état-major général a ordonné à tous les soldats détachés auprès des vice-présidents pendant la transition politique - commencée en 2003 après une guerre de près de cinq ans et sanctionnée par des élections en 2006 - à regagner leurs quartiers à partir du 15 mars. Deux anciens vice-présidents et ex-chefs rebelles, Jean-Pierre Bemba et Azarias Ruberwa, ont protesté contre cet "ultimatum". Toutefois, seuls les gardes de M. Bemba s'y sont opposés.

Ces hommes sont majoritairement natifs de la province de l'Equateur, région d'origine de M. Bemba qu'il a contrôlée pendant la dernière guerre à la tête de la rébellion du Mouvement de libération du Congo (MLC), devenu aujourd'hui un parti politique d'opposition. Ils n'ont jamais véritablement fait partie de l'armée régulière, au même titre que des dizaines de milliers d'autres combattants. (Belga)