Pressions et menaces pour Castellino

Domenico Castellino, seul accusé au procès Cools Bis (photo Belga)

Domenico Castellino, âgé de 51 ans, aux cheveux courts noirs et à la petite moustache, a été interrogé lundi après-midi. Il a dénoncé : " l'acharnement, des menaces, des pressions" dont il a fait l'objet.

"Je veux bien payer pour ce que j'ai fait. Si j'avais fait ça de mon plein gré, j'aurais dit OK même pour 30 ans. Mais ici, il y a eu de l'acharnement, des menaces, des pressions. Je suis le pigeon de l'affaire", a expliqué Domenico -Mimo- Castellino lundi après-midi devant la cour d'assises qui doit le juger pour l'assassinat d'André Cools et la tentative d'assassinat de Marie-Hélène Joiret. L'accusé avait été condamné par défaut à 20 ans de prison en janvier 2004 et avait fait opposition à l'arrêt.

Castellino avait déjà dénoncé le "modus operandi" durant l'enquête. Pour le conseil de Mme Joiret, Me Jean-Louis Berwart, il se pourrait même qu'il soit, lui ou un de ses proches, le témoin anonyme qui a permis de relancer l'enquête en 1996. "Tout le monde savait ce qui a été dit par le témoin. Si c'était moi le témoin anonyme, qu'est-ce que je fais ici? Je ne sais pas qui c'est", a déclaré l'accusé. Pendant près de deux heures, d'un débit rapide -trop rapide pour être parfaitement compréhensible-, dans un français mêlé d'intonations italiennes, Domenico Castellino a répondu aux questions du président Lambrecht quant à sa participation aux faits.

S'il a reconnu avoir véhiculé les tueurs et effectué certains "repérages", il a expliqué qu'il n'avait pas eu le choix. "C'est la vérité claire et nette", a-t-il commenté. Castellino a été recruté par Cosimo Solazzo, lui aussi défaillant au premier procès, dans un café pour recruter des tueurs. Il lui a dit que la victime était une "balance, une crapule, qui le faisait chanter". A plusieurs reprises, Castellino a évoqué sa naïveté. "J'ai fait une grosse bêtise, naïvement", a-t-il expliqué.

"J'ai fait une grosse bétise"

Pour rendre service à Solazzo, il a accepté de rechercher des tueurs. Il a fait venir une personne d'Allemagne. Celle-ci a accepté le contrat et est repartie en emportant une somme de 7500 euros. Elle n'est jamais revenue. "Di Mauro et Solazzo m'ont dit que j'étais responsable et que je devais tuer moi-même. Ils m'ont menacé. J'ai alors fait des démarches car j'étais dans l'impasse", a expliqué l'accusé, justifiant ainsi son voyage en Italie pour recruter des tueurs tunisiens via l'intermédiaire de Calogero Todaro.

C'est aussi par des menaces et des pressions qu'il a justifié sa participation aux faits de juillet 1991. Il a reconnu avoir conduit les tueurs sur les lieux de l'assassinat et les avoir repris ensuite dans sa voiture pour les reconduire. "Mais je n'avais pas le choix, c'est la vérité", a-t-il souligné, évoquant la voiture ministérielle dans laquelle circulait Pino Di Mauro, porteur d'une arme. "Je ne savais pas qui était derrière Di Mauro. On parlait de policiers, de procureurs; j'étais dans l'impasse", s'est-il rappelé.

Domenico Castellino ne connaissait pas André Cools. Une photo avait été montrée pour désigner la victime. Il pensait avoir reconnu le journaliste de la RTBF, Jacques Bredael. Concernant les commanditaires, l'accusé dit en avoir appris "au fur et à mesure du temps". "Di Mauro parlait d'Alain Van der Biest en disant mon patron. Il évoquait aussi ses amis".", a-t-il remarqué. Il a également parlé d'une scène au cours de laquelle Van der Biest "s'énervait parce que ça traînait". De Guy Mathot, il en a entendu parler après les faits. "On m'a dit qu'il fallait attendre que le successeur de Van der Biest soit désigné pour avoir l'argent", a-t-il expliqué. Il dit ne plus se rappeler du nom de "Happart".

Domenico Castellino dit avoir toujours actuellement "des craintes et des peurs". "Tout n'est pas clair; il y a encore des zones d'ombre dans le dossier. Je ne sais pas qui a tué Todaro (le 15 avril 2004 en Italie, ndlr) mais ça ne m'étonnerait pas que ça vienne d'ici", a-t-il conclu, avant d'exprimer des regrets et de s'adresser aux parties civiles: "Je demande pardon. Je ne suis pas le commanditaire et je n'ai pas touché un franc dans cette histoire".

En fin de journée, la cour a entendu les premiers témoins. L'audience se poursuivra mardi. Le matin, la cour entendra Marie-Hélène Joiret, les médecins légistes et les juges d'instruction. L'après-midi sera consacrée aux auditions des enquêteurs. (Belga)